Sud-Ouest, 6/3/2009

Mégajoule : un accouchement au long cours
vendredi 6 mars 2009

LE BARP. À nouveau retardé, le gigantesque laser entrera en service en 2014, vingt ans après l’annonce du programme

Le décalage du programme s’accompagne d’une révision à la baisse du nombre de faisceaux laser prévus

Peut-être faudra-t-il un jour rebaptiser « patience » le futur laser géant Mégajoule, pièce maîtresse du programme de simulation des essais nucléaires. Invoquant des considérations budgétaires, le Commissariat à l’énergie atomique, maître d’oeuvre de ce gigantesque projet développé au Barp (Gironde), vient d’annoncer un nouveau glissement dans le calendrier de l’opération.
Le Mégajoule ne sera en principe livré qu’en 2014, alors que jusqu’à ces dernières semaines l’échéance était officiellement fixée à 2012. Si ce nouveau calendrier est respecté, l’équipement ne commencera à devenir opérationnel que plus de dix ans après le début de la construction du bâtiment destiné à l’abriter, et près de deux décennies après l’annonce officielle du lancement du programme.

Armes de dissuasion

Le Mégajoule a pour but de provoquer dans une enceinte hyperconfinée, et pendant un laps de temps infinitésimal, un phénomène de fusion thermonucléaire susceptible de dégager des conditions de pression et de température analogues à celles qui règnent au coeur du Soleil.

En l’absence d’essais en vraie grandeur, auxquels la France a renoncé, cet outil a pour but de valider les calculs des concepteurs des têtes nucléaires des missiles stratégiques, et de s’assurer de la pérennité de nos armes de dissuasion. Décidé en 1995, le projet est pharaonique. En euros 2007, l’investissement prévu alors était estimé à 2,7 milliards d’euros, soit plus de deux fois l’équivalent des deux premières tranches du tramway de Bordeaux. Près d’une moitié de cette somme aurait déjà été dépensée selon Pierre Bouchet, directeur du Cesta, l’établissement CEA du Barp, qui accueille cet énorme instrument. Le groupe Bouygues a déjà livré l’an dernier le gros oeuvre de la cathédrale de béton de 300 mètres de haut et de 50 mètres de long, destinée à accueillir les chaînes laser et la chambre d’expérience, vers lesquelles ce concentré de lumière surpuissant convergera pour provoquer la fusion recherchée.

Lot d’impondérables

Lors du lancement officiel du programme, les hauts responsables du CEA évoquaient une entrée en fonction en 2005. L’échéance a ensuite glissé très rapidement vers 2009-2010, avant de s’établir à 2012. Mais, depuis quelque temps déjà, les observateurs avaient le sentiment que ce calendrier revu ne serait pas tenu. Ne serait-ce que parce que la construction de cet énorme bâtiment a donné lieu à son lot d’impondérables. La société Cegelec, chargée des courants forts, a dû par exemple recruter des centaines d’intérimaires étrangers pour s’efforcer de rattraper son retard.

Au-delà de ces aléas techniques, plusieurs indices donnaient à penser que le CEA lui-même avait commencé à tracer une croix sur l’échéance 2012. En effet, plusieurs fournisseurs d’équipements de haute technologie n’ont toujours pas été désignés pour cet organisme. Tel est le cas par exemple pour le travail de traitement anti-reflet Solgel des milliers d’optiques (miroirs, lentilles, etc.) qui seront utilisées par cet outil. Et pourtant, le CEA a laissé s’accomplir la construction de la petite usine destinée à accueillir cette activité sur la zone d’entreprise Laseris 1, qui jouxte le chantier du Mégajoule.

Le bâtiment Solgel n’est pas le seul à devoir rester partiellement ou totalement inoccupé pendant quelque temps sur cette zone d’activité gérée par la société d’économie mixte Route des lasers, au sein de laquelle le Conseil général de la Gironde joue un rôle moteur.

Deux autres édifices, destinés l’un pour partie à la Cilas - filiale d’EADS - et l’autre à la PME francilienne Quantel, resteront pour partie sans affectation pendant au moins plusieurs mois. La société de services Elyo, filiale de GDF-Suez, se substituera provisoirement aux occupants désignés ou attendus pour payer le loyer à leur place. Et, dans ces conditions, la zone d’activité Laseris 1, qui emploie aujourd’hui une centaine de personnes au lieu des 250 initialement prévues pour ce début 2009, fait un peu figure de vaisseau fantôme.

Le décalage du programme s’accompagne d’une révision à la baisse de son volume, puisque le CEA a décidé de ne déployer que 176 faisceaux laser au lieu des 240 initialement prévus.

Équipementiers inquiets

Ces modifications et ces attentes préoccupent les équipementiers. Christophe Goepfert, directeur du développement de la Cilas, rappelle ainsi que ce glissement pénalise l’entreprise, dont le Mégajoule devait initialement représenter une partie importante des recettes dès 2008 et 2009. Il espère que la nouvelle donne sera compatible avec les impératifs économiques de l’entreprise, tout en soulignant que pendant la phase de montage des équipements celle-ci n’emploiera sans doute pas plus d’une vingtaine de salariés au Barp au lieu des 35 initialement envisagés.

Pierre Bouchet, patron de l’établissement girondin du CEA, tempère les inquiétudes en faisant valoir que le principe du Mégajoule n’est pas remis en cause, que les travaux d’équipement vont se poursuivre : 600 à 700 salariés travailleront encore dans les mois qui viennent sur le chantier, alors que l’effectif du CEA, également chargé de l’architecture des têtes nucléaires des missiles, pourrait atteindre encore un millier de personnes. Il n’en reste pas moins que l’accouchement du laser géant aura vraiment été très long.

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Le laser Mégajoule : longeur totale du bâtiment 300 mètres, largeur 150 mètres, hall d’expérience diamètre 60 mètres, hauteur 40 mètres.


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